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mardi 8 novembre 2011

Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine De Vigan



Quand j'ai choisi de lire ce livre, je ne m'attendais pas à ce que ce soit une histoire vraie, un témoignage sur sa mère. Je l'ai choisi car j'adore cette auteur. Puis, je l'ai découvert au fur et à mesure de mes lectures des chroniques sur les différents blog. Autant vous dire que je partais avec un grand a priori sur ce livre dont je n'entendais que du bien et des coups de coeur... 

Je tiens à préciser que ce roman ne suivra pas mon plan habituel de critique car il n'y prête absolument pas.

Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan est un roman de presque 500 pages que l'auteur a rédigé pour faire le deuil de sa mère. C'est donc une histoire vraie (ou quasiment), une sorte de témoignage. Il est vrai que je lis peu de témoignage car, trop proche de la vérité, ils me rappellent trop souvent la dure réalité de la vie. 
Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, Delphine de Vigan ne rend pas ce livre larmoyant, elle ne décrit pas un portrait tout rose ou tout noir de sa mère : elle en dresse un tableau gris, avec des taches plus claires, d'autres plus sombres, mais sans jamais la condamner. Elle aimait énormément sa mère même si elle lui en a parfois voulu, elle n'a jamais voulu la condamner et ce roman n'a pas non plus ce but. 

Lucile, le personnage central de ce livre, est mystérieuse, attirante et attachante mais elle nous glisse un peu entre les mains. J'ai eu un peu de mal à me faire une véritable idée de cette femme. Peut-on la juger folle ? Ou est-ce juste le destin qui s'acharnait sur cette famille ? 

Ce roman est vraiment à la fois très sombre mais lumineux. C'est vraiment cette sensation que je garde de ce roman, une sorte de tableau sombre et lumineux à la fois, un mélange de joie et de peine, de vie et de mort. J'ai vraiment été horrifiée par le destin de cette famille. Par contre j'ai vraiment admiré la force de cette famille, plus ou moins soudée, où vérité et mensonge semble cohabiter (en tout cas, beaucoup de contradiction) dans le silence.

Je décrirais ce roman comme pudique : l'auteur expose les faits, annote ici ou là les évènements sans pour autant imposer son jugement. Elle dit ce qu'elle pense, ceci n'engage qu'elle. 

Du fait, que retenir de ce roman ? C'est un roman plein de profondeur qui nous entraîne malgré nous dans un univers sombre. L'histoire, parce que vraie, est vraiment... incroyable, révoltante, horrible, merveilleuse... un peu de tout ça à la fois. L'écriture est maîtrisée (Delphine de Vigan n'en est pas à son premier roman non plus !) et parfaite ! 

Je recommande vraiment ce roman pour une bonne dose d'émotion, une belle leçon de vie, un magnifique hommage d'amour entre un mère et sa fille. Ce fut pour moi un coup de coeur !!
Un roman adulte que je ne recommande pas avant 15/16 ans


Un passage 

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. 
La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. 
Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » 

Une présentation du livre par l'auteur




Lu dans le cadre :


les matchs de la rentrée littéraire


Retrouver le livre ici :
CLIC

lundi 18 avril 2011

Les heures souterraines de Delphine De Vigan


Un roman à mettre au grand jour

Le livre de Delphine de Vigan, Les heures souterraines, traite de deux sujets d’actualité : le harcèlement au travail et la dépression, deux thèmes forts.
Delphine de Vigan raconte l’histoire de deux personnes, un homme et une femme, Mathilde et Thibault. Mathilde travaille dans une grande entreprise tandis que Thibault est médecin. Ils ont cependant un point commun : plus rien ne va dans leur vie. Ils sont las et déprimés.
Un résumé de roman d’amour, un titre policier, et pourtant ces premiers aspects du livre sont bien trompeurs ! Car il s’agit là d’un roman vibrant d’une colère et d’un désespoir qu’aucun mot ne peut décrire ! La lutte sans merci de deux êtres qui ne se connaissent pas mais qui se battent pour leur survie, pour ne pas sombrer dans la spirale infernale qui les ronge et les détruit à petit feu. Un roman empli d’une violence silencieuse qui nous désarme. Ce roman dénonce justement un problème qui pourrait nous atteindre tous sans crier gare, demain ou dans dix ans. Il dénonce le harcèlement au travail, la lâcheté des gens et l’incapacité de ces personnes enfermées dans cet enfer à s’en sortir seul. Un roman qui ne peut laisser indifférent celui qui le lit et qui nous pousse à nous remettre en question : N’ai-je pas moi-même été comme cette Patricia Lethu ? Aurais-je pu aider des gens avant qu’il ne soit trop tard ? Aurais-je pu éviter un suicide ? Car il nous semble que c’est ce que Mathilde va faire lorsqu’elle trébuche contre la mallette de Thibault : elle va se jeter sur les rails ! Et nous, lecteurs, nous assistons impuissants à la scène.
Un roman très agréable à lire où les pages sont fraîches et les chapitres courts. Les mots claquent à chaque instant et l’histoire avance vite. Durant tout le livre, on s’attend à ce que les deux personnages se rencontrent. On s’attend à ce Thibault soit le sauveur de Mathilde, peut-être par son statut de médecin. On s’attend à ce que Mathilde soit la femme idéale que recherche Thibault. On s’attend à ce qu’ils se soulagent et s’entraident mutuellement. Il n’en est rien. Ils ne feront que se croiser, bien qu’il semble que d’une certaine manière, Thibault, ou plutôt sa mallette, sauvera Mathilde.
L’histoire se déroule en une seule journée, une journée où il se passe tant de choses, une journée que, je pense, personne n’aimerait vivre. Une journée durant laquelle Mathilde attendra l’événement tant souhaité que la voyante lui avait prédit : « Le 20 mai, un important événement changera votre vie. »
L’enfer décrit par Delphine de Vigan est hélas bien réel et nous devrions plus le prendre en considération. Ce livre est très intéressant par son style d’écriture et par son sujet. Félicitation à cet écrivain pour son magnifique travail et pour avoir osé traiter avec talent de sujets qui restent bien trop souvent dans l’ombre.

No et moi de Delphine de Vigan




Deux personnages pour un monde. Lorsque Lou décide de tendre la main à No et de la sortir de son enfer, elle ne s’imagine pas à quel point sa vie sera changée et celle de sa famille. Dans chaque rencontre, il y a cependant des choses de positives et négative. Lou réussira-t-elle à redonner une vie à No ? A la sortie de la rue ?

Delphine de Vigan nous plonge avec No et moi dans un enfer peu souvent décrit. Nous y rencontrons deux personnages principaux : Lou, surdouée et candide, à travers les yeux de laquelle nous suivons cette aventure. Nous la voyons soudain mûrir et abandonner son utopiste pour affronter la réalité. Lou a deux parents : un père très proche et une mère profondément dépressive depuis cinq/six ans à la mort soudaine de son enfant. Elle a aussi un ami, Lucas, qui l’aidera beaucoup avec No et qui est très attaché à elle.
Vient ensuite Nolwenn, No, SDF, qui rencontre Lou par hasard. Elle n’a jamais eu une vie facile, rejetée par sa mère dès sa naissance, elle a un peu plus de dix-huit ans et vit dans la rue. Elle a une chance de recommencer sa vie grâce à Lou mais les blessures ne se referment pas ainsi.

Sans décrire clairement le monde de la rue, l’auteur arrive à nous faire ressentir ce qu’est cet enfer tout en nous décrivant la vie d’un SDF. Elle nous offre une magnifique leçon de vie face à une fatalité sans merci. Comment certaines personnes s’en sortent, comment d’autres s’enfoncent toujours plus bas. La vision candide que nous avons grâce aux yeux de Lou renforce l’horreur de la situation. « On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

Un quatrième roman à la hauteur de son art. Recommandé à tous, dès la seconde. Bonne lecture

Jour sans faim de Delphine De Vigan




Un livre qui se dévore

Parfois, il faut savoir prendre du recul. Il faut savoir combattre. Combattre la maladie et soi-même. Trouver la force en soi de se relever avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce que Laure a décidé de faire. Elle a décidé de vaincre l’anorexie…

Jour sans faim est le premier roman de Delphine de Vigan, publié dans l’édition de poche J’ai lu. C’est un petit roman d’histoire de  vie de 130 pages environ.

L’histoire se déroule en grande partie dans l’hôpital où Laure, notre protagoniste, séjourne dans le but de vaincre son anorexie. On ne découvre le prénom de Laure que plus tard dans le roman. Au début, on nous décrit l’image d’une jeune fille que l’on s’imagine très maigre et désespérée. Laure est en effet un personnage vraiment très attachant et plein de profondeur, dont sa tristesse, son sentiment d’être perdu, son appel à l’aide, sa candeur, sa fragilité et sa persévérance nous saisit. Nous nous attachons à cette jeune fille qui semble perdue, dépassée par les évènements et qui ne sait plus que faire. Petit à petit, au cours du livre, nous semblons découvrir quelques raisons qui a poussé Laure à commencer sa grève de la faim. Nonobstant, elle-même ne découvrant jamais la réponse, nous ne pouvons qu’émettre des suppositions.

Delphine de Vigan nous apporte un récit avec un narrateur externe, rédigé à la troisième personne du singulier. Les phrases sont courtes et les chapitres découpés en de nombreux paragraphes, renforçant l’émotion du texte. Il n’y a pas de suspense : nous lisons la vie de Laure à l’hôpital, sans autre formalité, les rencontres qu’elle y fait, son combat. Nous plongeons dans son passé comme dans son présent car Laure se remet en question, se remémore des souvenirs qui font mal et qui surgissent de sa mémoire.

C’est donc un beau roman que nous avons là, plein d’espoir et d’un combat pour vivre. Cependant, Jour sans faim n’est pas le meilleur roman de Delphine de Vigan. Toute personne désintéressée de ce sujet pourrait en effet rapidement refermer le livre et laisser Laure à son combat. Le style aurait pu être plus captivant cependant qu’il convient parfaitement à la situation. Je recommande ce livre à toute personne, pour un agréable moment.  
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